Remettre le pistolet militaire uniquement aux tireurs sportifs ?

NON à un coup supplémentaire à nos traditions !

Le 8 juin prochain (en principe), le Conseil national débattra d’une motion 19.3788 de la Conseillère nationale socialiste Priska Seiler Graf: Remise du pistolet militaire uniquement aux tireurs sportifs.

Pour les aider à se forger une opinion, PROTELL a adressé à tous les membres du Conseil national un courriel dans lequel nous avons rappelé des principes qui nous semblent fondamentaux pour la compréhension de cette proposition qui a pour objectif de porter un coup supplémentaire aux traditions ancestrales du tir en Suisse:

En complément à l’avis du Conseil fédéral du 21.08.2019, auquel elle se rallie, PROTELL tient à rappeler que la base de tout groupe ou de toute société humaine est la confiance.

La confiance est ce qui nous permet de laisser une clé de notre logis à un voisin pour qu’il nourrisse le chat ou arrose les plantes en notre absence. Ce qui permet qu’un commerçant vende des biens ou des services avec une facture à 30 jours. Plus banalement, le fait de croiser d’autres véhicules à 80 km/h sur une route cantonale sans se poser la question permanente d’une collision frontale. La confiance est ce qui permet d’envoyer ses enfants à pied sur le chemin de l’école, de se faire anesthésier en vue d’une opération, de conclure un contrat oral. La société règle par des lois, écrites ou non-écrites, ce qui est licite ou illicite et punit au besoin ceux qui les transgressent.

C’est un lien de confiance qui permet à la Confédération de confier une arme personnelle à un citoyen et de lui demander de servir son pays pendant plusieurs années, pour le bien commun. Si ce citoyen devient cadre, on lui confiera 10, 100 ou 1000 autres personnes, avec mission de les éduquer, de les instruire et de les conduire. Il sera également responsable d’un matériel coûteux et potentiellement beaucoup plus dangereux qu’un pistolet ou un fusil d’assaut. C’est qu’on lui fait confiance.

Voici quelques années, le Parlement a décidé de soumettre la remise de l’arme personnelle à la fin des obligations militaires à l’obligation d’obtenir un permis d’acquisition d’arme. Philosophiquement, on pourrait s’interroger au sujet de la légitimité de cette mesure de défiance à l’égard citoyens ayant prouvé par l’acte qu’on pouvait leur faire confiance.

Quoi qu’il en soit, les abus sont suffisamment rares, en Suisse, pour faire les gros titres de la presse. C’est que l’éducation à la sécurité et le respect des armes font également partie de notre génie national. Suffisamment en tous cas pour que des armées étrangères disposant de l’expérience du combat envoient leurs spécialistes se former chez nous.

La question posée par Madame la Conseillère nationale Seiler Graf en appelle d’autres. D’abord la question philosophique de l’acceptation du danger. Une arme est une arme. Un couteau est une arme. Une voiture lancée intentionnellement dans une foule est une arme. Un morceau de cordelette. Un crayon. L’arme ultime est le cerveau. Faut-il alors interdire l’accès à toutes ces armes ? Ce serait non seulement impossible, mais surtout inutile. La législation en vigueur suffit pleinement à réprimer les (rares) abus.

La question est donc d’ordre moral.

L’arme elle-même n’a aucune stature morale, puisqu’elle n’a pas de volonté propre. Naturellement, elle peut être utilisé par des hommes malfaisants à des fins malfaisantes. Mais il y a davantage d’hommes de bien que d’hommes malfaisants. Et si ces derniers ne peuvent être amenés sur le chemin de la droiture, ils peuvent certainement être corrigés par des hommes de bien (Jeff Cooper).

L’une des plus grandes illusions est l’espoir que les maux de ce monde seront guéris par la législation. N’y cédons pas, sur cette question, au risque de briser un pan de plus de la confiance nécessaire entre l’Etat et les citoyens !